Niokolo-base : comment un parc national a retrouvé la mémoire

Le Parc national du Niokolo-Koba (PNNK) protège 900 000 hectares de savanes et de forêts galeries au sud-est du Sénégal. Durant des décennies, des recherches sur sa faune et sa flore y ont été menées, mais jamais centralisées. Certains travaux ont donc été dispersés en différents lieux, voire perdus. Pour sauver ces précieux savoirs, Ucoopia a accompagné, dès 2023, la création d’une bibliothèque numérique destinée à regrouper toutes les productions sur le parc : la Niokolo-base. Elle sera bientôt en ligne !

Un parc riche, une mémoire dispersée

Le Niokolo-Koba est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981. Depuis sa création, le parc a conservé de nombreuses espèces animales de moyenne et grande taille, comme le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest, le lycaon ou l’hippopotame. Son patrimoine documentaire, lui, n’a pas eu la même chance. Rapports de mission, thèses, plans de gestion, études d’impact, conventions : ces documents étaient éparpillés entre plusieurs bureaux et institutions. Lors de changements de personnel ou de fins de projets, nombre d’entre eux ont simplement disparu. Pour les agents nouvellement engagés, le manque ou l’absence d’informations représentait une véritable entrave pour mener un travail de qualité.

Le déclic de 2022

L’histoire a commencé lors d’une formation des agents du parc à l’outil IMEET, une méthode d’auto-évaluation de la gestion des aires protégées développée par l’UICN. Un exercice demandait de documenter des actions passées : réhabilitation de pistes, inventaires de faune, activités de sensibilisation. Les pièces justificatives étaient introuvables. Ni dans les bureaux, ni sur les ordinateurs. Le constat a immédiatement alarmé l’équipe : comment améliorer une gestion dont on ne garde pas la trace ? Le conservateur du parc a alors adressé une demande d’appui à Ucoopia, à travers son programme Systèmes alimentaires durables et gestion des ressources naturelles (SAD-GRN), financé par la Coopération belge (DGD). L’objectif était simple : construire une solution durable pour organiser, conserver et rendre accessible la documentation du parc.

Une réponse co-construite avec l’EBAD de l’UCAD

Pour y parvenir, Ucoopia a travaillé avec l’École des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (EBAD) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. L’EBAD a apporté ce qui manquait : l’expertise documentaire. Un comité technique a réuni la Direction des parcs nationaux (DPN), l’UCAD/EBAD et Ucoopia. Un doctorant en sciences de l’information a été chargé de concevoir l’outil, encadré par l’école et accompagné par les agents du parc. Le travail de collecte a été considérable. Douze institutions nationales et régionales ont été visitées et leurs catalogues consultés. Des plateformes en ligne ont été explorées. Au total, 339 références ont été recensées, décrites et indexées, dont 159 avec le fichier numérique associé :

  • 119 rapports
  • 87 articles de revue et documents assimilés
  • 65 thèses et mémoires
  • 26 livres et chapitres de livres
  • 24 documents liés aux plans d’aménagement et de gestion
  • 11 actes juridiques, 6 cartes et un document audiovisuel


La première version de la base a été développée sous Microsoft Access. L’outil devait en effet fonctionner hors connexion, sur le matériel disponible au parc et rester simple à prendre en main. La base a été structurée autour de neuf tables avec des métadonnées détaillées pour chaque document : titre, auteur, année, type, thématique, source, lien vers le fichier. Trois agents du parc et de la Direction des Parcs Nationaux (DPN) ont été formés pendant deux jours avec des exercices pratiques et un guide illustré. Ils sont devenus les gardiens de l’outil. « Avant, il était très difficile de retrouver un rapport, une étude ou même une simple note technique. Maintenant, en quelques clics, j’ai accès à tout ce dont j’ai besoin », affirme Bineta Diongue, sous-lieutenant, chargée du Bureau information, communication et promotion touristique du PNNK.

Un problème restait entier. La base était installée en local, sur une seule machine, celle de l’agent qui l’administre. Le classement était excellent, mais l’accès très limité. Un collègue de Dakar, un chercheur ou un partenaire ne pouvait pas la consulter. Et une panne matérielle mettait tout le travail en péril. La recommandation formulée à l’issue de cette première phase était claire : passer en ligne.

la mise en ligne

Ucoopia travaille à présent à la mise en ligne de la bibliothèque numérique avec l’appui du programme Digital for Development (D4D) de la Coopération belge et un financement de la Fondation Périer d’Ieteren.

Quatre chantiers sont en cours :

  • Équiper la DPN et le service communication du parc en matériel informatique pour l’encodage, la numérisation et un serveur pour héberger la future base en ligne.
  • Migrer la base vers un système intégré de gestion de bibliothèque, le logiciel libre PMB, et la mettre en ligne.
  • Améliorer l’interface publique de consultation du catalogue.
  • Former les agents du PNNK et de la DPN à la gestion et à l’utilisation de la base.


Et demain ?

La Niokolo-base est aujourd’hui la seule base qui rassemble la documentation produite dans et autour du parc. Elle sert à préparer des missions, à rédiger des rapports, à formuler des projets, à répondre aux demandes des chercheurs et des partenaires. Elle a aussi instauré une culture. Les agents savent désormais que ce qu’ils produisent peut-être conservé et valorisé. Lors de l’atelier de cadrage du futur plan d’aménagement et de gestion du parc, la base a été présentée comme un outil de gouvernance fondée sur les données.

La Niokolo-base sera officiellement accessible au public fin octobre2026 et devrait créer des émules dans d’autres parcs nationaux sénégalais.

Parce que documenter et comprendre un écosystème, c’est mieux pouvoir le protéger.