
Renforcement de la Riposte et de la Résilience du Système de Santé face à l’épidémie de Mpox en RDC (MAV+)
République démocratique du Congo
Dans la province de Lomami, en République démocratique du Congo, la communication en santé ne se résumera désormais plus à la simple transmission de messages. Elle commencera par l’écoute. Objectif : permettre aux acteurs sanitaires et communautaires d’adapter leur communication aux questions et aux peurs exprimées dans la communauté ainsi qu’aux rumeurs.
Entre août et septembre, Ucoopia, à travers le projet MAV+, a organisé une série de formations en Communication des Risques et Engagement Communautaire (CREC) dans les Zones de Santé de Ngandajika, Kabinda, Tshofa, Makota et Ludimbi-Lukula.
La formation a concerné 30 Aires de Santé et a réuni 120 participant·es mobilisé·es, essentiellement des Relais Communautaires (RECO), des Comités d’Animation Communautaire (CAC), des Leaders religieux et communautaires, des Infirmiers, des Animateurs Communautaires (AC) et les équipes cadres des Zones de Santé (ECZS).

Avant le démarrage de la formation, un diagnostic a permis de comprendre le niveau d’organisation et de maturité de chaque Zone de Santé en matière de CREC. Ce travail a permis de documenter des réalités différentes selon les territoires mais aussi des défis communs, comme une faible documentation des informations communautaires, des mécanismes de feedback à renforcer, des besoins en matière de gestion des rumeurs et, plus largement, la nécessité de mieux transformer les informations provenant des communautés en actions concrètes.
Ainsi, l’enjeu consistait à dépasser une communication essentiellement descendante pour une communication axée sur l’écoute communautaire, la compréhension de l’information communautaire et la proposition de solutions contextualisées.
Pendant deux jours dans chaque Zone de Santé, les participant·es ont travaillé à partir de situations inspirées de leurs réalités professionnelles habituelles : une rumeur concernant le Mpox, une inquiétude exprimée par une famille, des résistances à certaines mesures de prévention, des informations contradictoires ou encore la difficulté à faire participer certains groupes à la vie communautaire.
Les exercices pratiques ont porté sur l’écoute active, le dialogue communautaire, l’identification des préoccupations, la gestion des rumeurs, la communication bidirectionnelle et le retour d’information. « Écouter avant de répondre » est devenu l’un des fils conducteurs de la formation.
A Lomami, les dynamiques communautaires ne sont pas uniformes. Les acteurs sanitaires travaillent avec des communautés qui ont leurs propres modes de circulation de l’information, leurs réseaux de confiance, leurs leaders et leurs manières d’exprimer leurs préoccupations.
La présence de leaders religieux et communautaires, aux côtés des équipes sanitaires, a notamment permis d’aborder la communication comme un espace de dialogue impliquant plusieurs acteurs de la vie locale.
Cette approche est importante dans le contexte des maladies à potentiel épidémique, où la confiance, la qualité du dialogue et la capacité à identifier rapidement les préoccupations peuvent influencer la manière dont les communautés comprennent et s’approprient les mesures de prévention.

Les participant·es ont, à travers une série d’exercices tirés de leur réalité quotidienne, utilisé plusieurs outils simplifiés, comme des fiches d’écoute communautaire, des fiches de collecte des rumeurs, un registre simplifié de veille communautaire, des outils de suivi des activités et un canevas de feedback.
Ces outils assurent ainsi qu’une préoccupation exprimée dans une Aire de Santé sera recueillie, documentée, analysée et traitée, si possible, et que la réponse sera communiquée à la communauté via un mécanisme de feedback.

L’évaluation réalisée à l’issue des formations montre une progression notable des connaissances mesurées. Sur les résultats individuels exploitables, la moyenne descriptive est passée de 39,8% au pré-test à 63,6% au post-test, soit une augmentation de 24 points avec des évolutions différentes selon les Zones de Santé.
Ces résultats constituent un signal sur les acquis immédiats de la formation, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à établir un changement durable des pratiques.
La démarche prévoit ainsi une phase de suivi et de coaching destinée à accompagner les équipes dans l’utilisation des outils, la mise en œuvre des plans CREC, la veille communautaire, la gestion des rumeurs et le fonctionnement des mécanismes de feedback.
À travers cette approche, le projet Mav+ vise à créer des communautés plus résilientes, en particulier en période d’épidémies, et dont les membres deviennent source d’information, de dialogue et d’apprentissage pour les équipes de santé.