Toubacouta : quel avenir pour le tourisme durable face au défi climatique ?

Le Delta du Saloum, joyau naturel et biologique du Sénégal, attire chaque année de nombreux visiteurs grâce à ses mangroves et ses îles uniques. Cependant, ce paradis écologique fait aujourd’hui face à des dangers majeurs : dérèglement climatique, pression sur les ressources et mutations socio-économiques.

Dans le cadre du projet Niowan Saloum (porté par Ucoopia, anciennement ULB-Coopération), Mamadou Samba Diakité, étudiant de Master 2 en Aménagement Agrotouristique et Ingénierie Culturelle à l’USSEIN, est allé à la rencontre des habitant·es de la commune de Toubacouta afin d’évaluer comment le tourisme durable peut à la fois protéger le patrimoine local et améliorer le quotidien des populations.

l’étude en chiffres clés

Mamadou Samba a mené son enquête auprès de 130 habitant·es réparti·es dans 10 villages (Toubacouta, Soucouta, Dassilamé Sérère, Bamboung, Missirah, Sipo, Sandicoly, Bany, Némaba et Noumbouthie). L’étude révèle des tendances claires :

  • 81 % des personnes interrogées estiment que la nature est le principal moteur de l’attractivité ;
  • 80 % valorisent l’importance du patrimoine culturel local ;
  • 48 % estiment que le tourisme contribue à la création d’emplois directs ;
  • 99 % observent des changements environnementaux dans leur territoire ;
  • 55 % déplorent un manque d’implication des populations dans les décisions touristiques.

Des entretiens ont également été menés avec des élus locaux, des gestionnaires d’aires protégées, des responsables communautaires, des opérateurs touristiques, des organisations de conservation et des acteurs du développement territorial. Cette diversité d’acteurs a permis de recueillir des perceptions variées sur les opportunités et les défis du tourisme durable dans la commune.

Un territoire riche en ressources et en initiatives

Située dans la région de Fatick, la commune de Toubacouta bénéficie d’une position stratégique et abrite des sites clés comme l’Aire Marine Protégée (AMP) de Bamboung et le Centre d’Interprétation du Delta du Saloum (CIDS).

Au-delà des paysages, le territoire puise sa force dans son identité culturelle : amas coquilliers millénaires, traditions locales, artisanat et pratiques de pêche traditionnelles forment un écosystème touristique unique.

Le tourisme, un levier économique encore inégal mais puissant

Si le tourisme fait vivre de nombreux acteurs (guides, piroguiers, artisans, gestionnaires de campements), 52 % des habitant·es estiment que les retombées restent partielles ou inégalement réparties. Le secteur joue pourtant un rôle crucial pour l’autonomisation des femmes, comme en témoigne une transformatrice locale :

Comme l’explique une transformatrice rencontrée à Toubacouta : « Les touristes demandent souvent des produits locaux et ce sont généralement les femmes qui assurent leur transformation et leur commercialisation. »

Le tourisme durable ne se limite cependant pas à sa dimension économique. À travers les activités écotouristiques, les visites guidées, les actions de sensibilisation et la valorisation du patrimoine culturel, le tourisme activement à la prise de conscience écologique. Les initiatives développées autour de l’AMP de Bamboung, du CIDS ou encore des organisations communautaires, prouvent qu’allier conservation de la biodiversité et développement local est possible.

L’urgence climatique et le défi de la gouvernance

L’un des résultats les plus marquants de l’étude concerne la perception des changements environnementaux. Près de 99 % des personnes interrogéesconstatent une dégradation de leur milieu de vie.

Les principales préoccupations se concentrent sur 4 menaces :

  • Le changement climatique (34 %) ;
  • La dégradation des mangroves (26 %) ;
  • L’érosion côtière (15 %) ;
  • La diminution des ressources halieutiques (13 %).

Pour plusieurs acteurs rencontrés lors des enquêtes, ces phénomènes constituent aujourd’hui une menace directe pour les moyens d’existence des populations mais également pour l’attractivité touristique du territoire. Comme le souligne un responsable communautaire : « On observe une avancée progressive de la mer dans certaines localités comme Keur Bamboung et Sipo. Les populations s’inquiètent de plus en plus des conséquences sur leurs activités et sur les ressources naturelles. »

Ces constats rappellent que la préservation des écosystèmes constitue une condition essentielle au développement futur du tourisme durable. Pour y faire face, l’étude souligne une urgence : mieux impliquer les populations (55 % se sentant exclues des décisions) et renforcer la synergie entre les opérateurs privés, les collectivités et les structures de conservation.

Quels enseignements pour le projet Niowan-Saloum ?

Ces résultats valident pleinement les ambitions du projet Niowan-Saloum. Pour construire un modèle touristique résilient, les efforts futurs devront se concentrer sur :

  • La restauration active des mangroves
  • L’intégration des communautés locales dans les choix stratégiques
  • Une répartition plus juste des retombées économiques

quelques images de terrain