Une rencontre pour comprendre comment la pédagogie universitaire peut se mettre au service de la citoyenneté

En cette occasion, notre ONG Ucoopia est mandatée par le Vice-recteur à l’Enseignement pour proposer, en collaboration avec l’IFRES, une rencontre autour des enjeux citoyens. Celle-ci afin de comprendre comment la pédagogie universitaire peut se mettre au service de la citoyenneté. Parce que le rôle de l’université est aussi de former de futur·es citoyen·nes et professionnel·les capables d’exercer leur esprit critique, de comprendre les grands enjeux de société dans lesquels ils et elles s’insèrent et d’exercer leur pouvoir d’action de manière consciente et éclairée. 

Pascal Detroz de l'IFRES introduit la rencontre

Pascal Detroz, Professeur à l’IFRES, introduit la rencontre


Daniel Faulx, professeur ULiège en Sciences de l’éducation, sonde les participant·es sur leurs méthodes d’apprentissage à travers différentes grilles d’analyse.  Initialement debout au centre, il s’assied maintenant en bord de table, adoptant ainsi une posture plus informelle. Il questionne sur les manières d’amener de la citoyenneté dans les cours – via des contenus, qu’on qualifiera de « fond », mais aussi via des dispositifs pédagogiques, qu’on qualifiera de « forme ». Voilà qu’il se place ensuite sur une chaise au même niveau que les participant·es du séminaire. Il en profite pour attirer notre attention sur sa démarche « Le moindre de mes choix pédagogiques dit quelque chose sur ma citoyenneté et fait passer un message ». En se plaçant au centre, et en prenant l’espace, ou en s’asseyant au même niveau que les apprenant·es, à côté d’elleux, il traduit implicitement une certaine « relation formateur – apprenant·es ». Autrement dit, il traduit un certain rapport à la transmission de connaissances : tantôt vertical, plus descendant, ou tantôt horizontal, incitant à la participation, à l’échange d’égal à égal. Selon lui, tout format d’enseignement traduit une certaine vision du monde, qui est politique.

Daniel Faulx explique des enjeux pédagogiques en lien avec la citoyenneté


Ainsi donner un cours à deux professeur·es implique de partager les connaissances, de parfois se contredire devant les étudiant·es, et donc un pouvoir partagé. A contrario donner un cours seul,  avec une parole unique, confère un pouvoir qui est donc plus difficile à remettre en question. Une participante partage, sur un ton de plaisanterie, avoir proposé un cours avec 3 autres professeur·es, poussant ainsi la volonté de débat démocratique un cran plus loin encore. 


Par ce tableau Pr. Faulx visibilise ensuite différentes manières d’intégrer des enjeux de citoyenneté dans un cours :  

Fond Forme 
Enjeu principal Approche déclarative  Approche expérientielle 
Opportunité Approche par interstice Approche implicite  

Ainsi un simple exemple dans un cours de statistique peut être une opportunité pour parler des inégalités dans la société. La citoyenneté apparait ici dans les interstices, alors qu’à contrario, un cours entier pourrait être dédié à un questionnement éthique de manière plus déclarative, sur le détournement des statistiques à des fins politiques par exemple.  


Les différentes approches sont évidemment complémentaires, et la citoyenneté des interstices permet d’apporter des réflexions intéressantes à des étudiant·es dans des disciplines qui peuvent parfois sembler éloignées des enjeux citoyens, comme la physique quantique par exemple.  
Si historiquement, l’enseignement universitaire s’est spécialisé dans le « Comment », « Comment produire tel ou tel matériaux ?», « Comment euthanasier un animal ? », « Comment traiter la dépression ? », les crises actuelles et passées nous invitent aussi à l’appréhender sous le prisme du « Pourquoi ? / Pour quoi?», d’intégrer la question de la direction à prendre pour construire une société plus égalitaire et durable car respectueuse des humains et de l’environnement.  

différentes tensions peuvent apparaitre quand on aborde la citoyenneté dans son cours 


Claire Wiliquet
, chargée d’éducation citoyenne chez Ucoopia, partageait d’ailleurs en début de séance différentes tensions qui peuvent apparaitre quand des professeur·es abordent la citoyenneté dans leur cours : 

  • Temps conséquent nécessaire au développement d’une approche critique, empiétant sur la matière des cours ;
  • L’auditoire est un environnement plutôt hiérarchique, pas toujours compatible avec une approche plus interactive, basée sur l’échange et le partage ; 
  • Tension entre la neutralité présupposée du professeur·e et le côté positionné de l’éducation à la citoyenneté. . 

L’échange entre professeur·es démontre toutefois que chacun et chacune, à sa manière, s’approprie ses contenus de cours, et les façonne à son image, pour donner du sens à son travail. Ladite neutralité de l’enseignement étant dès lors en quelque sorte illusoire : un professeur d’astrophysique travaille l’esprit critique autour de l’IA (ou « IA litteracy ») dans le cadre de son cours, une enseignante en pharmacie questionne les visions du monde dans la santé, informant que le succès d’un pharmacien peut être mesuré au nombre de médicaments vendus, mais aussi à sa capacité à réduire les pollutions environnementales liées à la consommation de médicaments, se retrouvant dans les urines et les eaux usées. La quête d’ « agentivité » sera partagée par le groupe, notion qui, à l’instar de la citoyenneté, implique une posture active, une capacité à influencer son environnement. Différents termes donc, pour un impact similaire souhaité.

Claire Wiliquet de Ucoopia introduit la notion d'éducation citoyenne

Des dynamiques citoyennes intégrées à l’ULiège


Et pour répondre à la 3ème mission de l’université, celle de contribuer à la société civile, l’ULiège a mis en place différentes initiatives citoyennes ces dernières années. Nathalie Cavan nous présente la première :  


Le Service Learning, apparu dans les années 70 en Amérique, est maintenant pratique commune dans différentes facultés ULiège. Littéralement « apprentissage par le service à la communauté », ce dispositif pédagogique permet de croiser l’apprentissage académique, l’engagement citoyen (par le service à la société) et la démarche réflexive, qui permet une prise du recul sur l’expérience pédagogique même. Prise de recul, et approche critique, d’ailleurs facilitée grâce à un partenariat avec notre ONG Ucoopia, et notre équipe éducation citoyenne.   
La labélisation « Service Learning » valorisent l’engagement de professeur·es qui mettent en place ces dispositifs, parfois de manière spontanée, parfois avec le soutien de la cellule Service Learning de ULiège. L’impact est généralement positif et porteur pour les organisations impliquées et  pour les étudiant·es, qui viennent renforcer des associations sur des besoins identifiés par leurs soins.  

« En pharmaceutique, une étudiante a passé du temps dans la maison médicale « Le cadran » à Liège. Une brochure a été créée pour vulgariser l’usage de médicaments en vente libre pour des publics avec un faible niveau de littératie. » 


Une deuxième initiative est présentée par Florianne Fassotte (Laboratoire des Transitions ULiège) autour du crédit « Durabilité et transition » à l’ULiège. Depuis 2 ans, 2 crédits obligatoires sont accordés à ces thématiques, à un total de 5000étudiant·es de bachelier. Ce crédit permet d’approcher ces enjeux de manière théorique en ligne, pour ensuite faire des liens avec leurs cours et voir comment ceux-ci s’appliquent dans leur discipline. Le cours est également accessible au grand public, pour plus d’impact. La rencontre se termine par un partage ouvert sur les craintes et les difficultés d’aborder des enjeux citoyens considérés comme sensibles dans leur cours, avec pour conclusion, qu’il est nécessaire d’ouvrir des débats de société, sans pour autant vouloir les conclure.  


Trois mots clés à retenir ?  Comprendre, se questionner, agir.