Ebola : les journalistes mobilisés pour lutter contre les rumeurs et protéger les communautés
À Butembo, face à la résurgence d’Ebola dans l’est de la RDC, les journalistes se mobilisent pour combattre les rumeurs qui fragilisent la riposte. Formés aux bonnes pratiques d’information, ils jouent un rôle clé pour rétablir la vérité, renforcer la confiance des communautés et encourager des comportements essentiels à la prévention de la maladie dans les zones les plus touchées.
Dans les quartiers animés, les marchés, les lieux de culte ou encore les transports en commun, les discussions sur la nouvelle épidémie d’Ebola vont bon train. Des échanges autant nourris par des faits que par des rumeurs : « On dit que la maladie a été inventée », « On dit que les centres de traitement sont dangereux », « On dit que les malades disparaissent »… Ces phrases, répétées de bouche à oreille ou relayées sur les réseaux sociaux, entretiennent la confusion dans la population.
Cette circulation d’informations non vérifiées, appelée « infodémie », constitue aujourd’hui un défi majeur pour les autorités sanitaires. Car au-delà du virus lui-même, c’est la perception de la maladie qui influence fortement les comportements des communautés. Et lorsque la peur prend le dessus sur la connaissance, les conséquences peuvent être dramatiques.
Dans ce contexte, les journalistes apparaissent comme des acteurs essentiels de la riposte. Conscients de leur responsabilité, plusieurs d’entre eux ont pris part à un atelier de renforcement des capacités organisé à Butembo. Pendant plusieurs jours, ces professionnels des médias ont échangé avec des experts de santé, des communicateurs de crise et des acteurs de terrain afin de mieux comprendre les enjeux liés à Ebola.
L’objectif de cette formation était clair : permettre aux journalistes de produire une information fiable, accessible et adaptée aux réalités locales. Car informer ne consiste pas seulement à relayer des faits. Il s’agit aussi de les expliquer, de les contextualiser et de les rendre compréhensibles pour tous, y compris dans des zones où le niveau d’alphabétisation peut être variable.
Au cours des sessions, les 50 participants ont revisité les bases de la Maladie à Virus Ebola. Ils ont appris ou réappris que cette maladie se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée, vivante ou décédée. Ils ont également été sensibilisés à l’importance des gestes de prévention, tels que le lavage régulier des mains, l’évitement des contacts à risque ou encore le signalement rapide des cas suspects.

Mais au-delà des aspects médicaux, l’accent a été mis sur la communication. Comment expliquer sans effrayer ? Comment alerter sans stigmatiser ? Comment corriger une fausse information sans heurter les sensibilités locales ? Autant de questions auxquelles les journalistes doivent répondre au quotidien. « Notre rôle n’est pas seulement de rapporter ce qui se passe, mais d’aider les gens à comprendre », explique un participant. « Si nous diffusons une information erronée, nous pouvons mettre des vies en danger. Mais si nous faisons bien notre travail, nous pouvons aussi en sauver. »
L’atelier a ainsi abordé les techniques de vérification de l’information, connues sous le terme de « fact-checking ». Les journalistes ont appris à identifier les sources fiables, à recouper les données et à éviter de relayer des contenus douteux, notamment ceux provenant des réseaux sociaux. Dans un contexte où chacun peut produire et partager de l’information, cette vigilance devient indispensable.
Les formateurs ont également insisté sur l’importance du langage utilisé. Par exemple, éviter les termes alarmistes ou stigmatisants peut contribuer à réduire la peur et à encourager les personnes malades à se faire prendre en charge. De même, privilégier des témoignages positifs, comme ceux de survivants, peut renforcer la confiance dans le système de santé.
Sur le terrain, cette approche commence déjà à porter ses fruits. Dans certaines radios locales, des émissions interactives permettent aux auditeurs de poser leurs questions en direct à des experts. Dans d’autres médias, des reportages donnent la parole aux communautés, mettant en lumière leurs préoccupations, mais aussi leurs efforts pour faire face à la maladie. Ces initiatives contribuent à créer un dialogue et une relation de confiance entre les populations et les équipes de santé. « Quand les gens comprennent pourquoi certaines mesures sont prises, ils sont plus enclins à les respecter », souligne un responsable sanitaire. « Mais pour cela, il faut une information claire, cohérente et crédible. »
Malgré les efforts, les rumeurs continuent cependant de circuler. Certaines prétendent que les centres de traitement sont des lieux de contamination, d’autres remettent en question l’efficacité des équipes médicales. Ces fausses croyances peuvent conduire à des comportements à risque, comme le refus de soins ou la dissimulation des cas. Dans les zones les plus touchées, les conséquences de ces comportements sont visibles. Des familles hésitent à signaler un proche malade, craignant la stigmatisation ou les mesures de quarantaine. D’autres préfèrent recourir à des traitements traditionnels, parfois inadaptés à la gravité de la maladie.
Face à cette réalité, les journalistes ont un rôle crucial à jouer. En relayant des informations vérifiées, ils peuvent contribuer à déconstruire les mythes et à promouvoir des pratiques sûres. Mais pour être efficaces, leurs messages doivent être adaptés aux réalités culturelles et linguistiques des communautés. C’est pourquoi l’utilisation des langues locales est encouragée. À travers le swahili, le lingala ou d’autres langues parlées dans la région, les messages de prévention peuvent toucher un public plus large et être mieux compris. Cette proximité linguistique renforce également le sentiment de confiance.
Par ailleurs, l’implication des leaders communautaires et religieux est souvent déterminante. En collaborant avec ces figures respectées, les journalistes peuvent relayer des messages qui ont davantage de poids auprès des populations. Cette approche participative permet de construire une communication plus inclusive et plus efficace.
Les autorités sanitaires, de leur côté, multiplient les efforts pour renforcer la transparence. Des points de presse réguliers sont organisés pour informer sur l’évolution de la situation, les mesures prises et les défis rencontrés. Cette transparence est essentielle pour contrer les spéculations et maintenir la crédibilité de la riposte.
Alors que la riposte se poursuit, un constat s’impose : la lutte contre Ebola ne se gagne pas uniquement dans les centres de traitement ou les laboratoires. Elle se joue aussi dans les esprits, dans les conversations du quotidien, dans les ondes des radios et sur les écrans des téléphones.
Les journalistes repartent de cette formation avec un engagement renouvelé. Conscients de l’impact de leur travail, ils se positionnent comme des relais de confiance entre les autorités sanitaires et les populations. Leur mission ne se limite pas à informer : elle consiste aussi à rassurer, à expliquer et à accompagner.
